Remonter la terre qui roule dans l'Allier

Atelier peinture d'argile sur tavaillons à Saugues et fabrication de tuilles au collège de Paulhaguet, jeudi 30 avril

Le matin à Saugues, nous nous retrouvons avec l'équipe des jeunes de seconde du lycée forestier. Disons que ça sent la veille d'un grand week-end de mai et que les gars ont un peu la tête à autre chose. On aura un peu de mal avec Emilie leur professeure de français, un peu de mal à capter leur attention sur la durée. J'ai préparé des peintures à partir des terres récoltés à Paulhaguet et à l'étang de la Garnassoune. Pour faire lien entre les hautes terres de la Margeride et le lit majeur de l'allier où se trouvent les gisements d'argile, on peut aussi les regarder sur le temps long de la géologie. L'argile résulte du délitement et de l'érosion de la roche qui dévale les colines et se sédimentent avec les eaux stagnantes. Il est possible qu'une partie des argiles de Paulhaguet aient été des bout rochers sauguins, bien avant bien sûr que ces délimitations humaines aient existé. La terre bouge, les sols migrent eux aussi et c'est d'autant plus remarquable quant comme dans la communauté des rives du haut-allier les communes se trouvent reliées dans un même bassin versant. L'histoire dont on parle avec les Lycéens, c'est celle des forêts qu'ils apprennent on l'espère, on l'aimerait à soigner autrement qu'exploiter. Celles qui font les sources de la seuges et des ruisseaux qui nourrisent les rivières. Celles qui retiennent les sols de l'érosion. Celles qui font le lit des poissons, des castors et des insectes comme des roseaux. Toutes ces attentions invisibles qui font de la rivière l'amante des forêts.

Ce matin donc, avec leurs pinceaux, les jeunes bucherons, un peu comme des poules avec des couteaux, interrogent ce geste étrange et, à leurs yeux bien inutile, de remonter la terre des fonds de vallée de l'allier en haut des plateaux de la Margeride. Pourtant il existe une histoire que je leur raconte... Je ne sais pas trop quel souvenir ils en garderont. Je leur raconte l'histoire de Sysyphe qui s'est trouvé puni de son désir d'immortalité, à pousser une pierre en haut d'une coline qui toujours redescend. L'éternité a poursuivre une tâche bien ingrate. Il faut pourtant, comme nous le suggère Albert Camus, croire Sysyphe heureux, animé d'une joie rebelle à contredire le mouvement des choses de celle qu'une puissance supérieure imposerait. Il y a aussi il me semble la satisfaction à prendre tout autant part à un mouvement vital. Puisque finalement contrevenir à la gravité minérale c'est ce que vivent toustes les vivant.es. Ainsi, malgré la pesanteur et l'érosion, l'oeuvre des lombrics fait que la terre monte et que les Saumons eux remontent des rivières les matières qui les descendent.

L'après-midi, nous rejoignons les élèves du Collège de Paulhaguet. Avec Laita, nous sommes accueillies par Laurence Weiss, la principale du collège. Avec Louane, leur encadrante, nous utiliserons une salle de biologie pour installer notre atellier. Autre ambiance cette fois ci, le grand week-end à venir est dans les têtes,mais les 25 collégièn.nes sont plutôt enthousiastes. Par groupe de 3 iels font montre d'attention dans la réalisation de leurs tuiles. Avec la terre que nous avons collectés ensemble, nous les mettons en forme sur des tuiles canal. Nous avons découpé à la lasercut les formes de leurs dessins dans des plaques de plastiques. Iels les utilisent pour créer les décors de leurs tuiles. On y trouve des scarabés des tritons, des salamendres, des cloportes,.... Toutes ses bêtes qu'on trouve peut-être dans la terre qui borde les étangs de Salzuit, parce que l'argile extrait est aussi un habitat pour de nombreux habitats. Il est d'ailleurs assez notable que l'activité extractive passée de ces régions a laissé la place à des lieux où nichent par exemple des espèces d'oiseaux cavernicoles migrateurs comme le guépier d'europe, ou bien encore des papillons cuivrés des marais qu'on observe eux dans les étangs à chaux. En Une heure et demi, iels arrivent à produire près de 15 tuiles décorées. Rendez-vous est pris avec elleux pour l'installation du 2 juin aux étangs de la Garnassoune.